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Auteurs : Aubaile F., Bernard M., Pasquet P.
La viande est un produit contrasté, à la fois
« adoré » et « abhorré »
qui focalise dans toutes les cultures nombre de pratiques et de
croyances ; c'est notamment sur elle que portent la plupart des
interdits alimentaires (Garine, 1989). La viande reste cependant
la condition nécessaire à une alimentation
équilibrée. Comme aliment, elle est tout à
la fois une matière biologie, un bien économique et
un sujet marqué culturellement et socialement par des
pratiques et des représentations variables dans le temps
et dans l'espace. En témoigne le débat, qui chez
les scientifiques, se déroule en filigrane, dans la
littérature anthropologique, autour des rôles
respectifs de l'aliment carné et de l'aliment
végétal dans l'évolution biologique et
culturelle de notre espèce. Est-il par ailleurs,
nécessaire de rappeler l'émotion suscitée
dans nos sociétés par la récente
« crise de la maladie de la vache folle » et les
prises de position parfois extrêmes qui ont suivi.
Le présent ouvrage, où sont réunis des
textes issus des réflexions d'ethnologues,
anthropobiologistes, sociologues, historiens, est enrichi par
quelques autres et se présente comme une première
contribution à une éco-anthropologie de l'aliment
carné où seraient mis en relation les facteurs de
milieu, les aspects culturels et sociaux et les
conséquences biologiques liées à la
consommation de viande. Tout au long de ses pages, sont
successivement abordés la problématique de
l'acquisition des viandes de chasse, la description de certaines
pratiques de transformation et de consommation de viande,
l'analyse des représentations et des symboliques qui y
sont liées et certains aspects des conséquences
médico-diététiques qui en
découlent.
En contexte traditionnel de populations
d'agriculteurs-chasseurs ou chasseurs-collecteurs, la viande de
chasse constitue un élément important des
ressources alimentaires offertes par le milieu mais les
évolutions économiques et démographiques
actuelles l'ont souvent fait passer du statut de produit
auto-consommé et culturellement valorisé à
celui de produit de rente avec des conséquences sur
l'environnement. Par ailleurs, la conservation, la transformation
et la consommation des produits carnés disponibles sont
l'objet de pratiques et savoirs précis et
témoignent d'une ample variété culturelle et
sociale. Ainsi le boucanage est, chez les Indiens Wayampi de
Guyane, à la fois pratique de conservation et
préparation culinaire.
Les représentations et les symboles liés
à l'aliment carné sont aussi présents dans
les sociétés dites traditionnelles que dans nos
sociétés occidentales. Chez les Gbaya de
Centrafrique, la tortue est chassée,
préparée et consommée par les hommes seuls.
Dans le cas du sacrifice musulman de l'Aïd el-Kebïr
à Rabat, les modalités de mise à mort de
l'animal, son partage et les préparations culinaires sont
liés à des croyances spécifiques. La
dimension diachronique est présente avec la description
des variations de consommation de viande et l'évolution
des pratiques qui y sont liées, dans les Alpes
dauphinoises, du XIVe au XIXe siècle.
Dans les sociétés occidentales, la question de
la consommation des produits carnés connaît un
regain d'intérêt, en relation avec les changements
dans leurs représentations et la remise en question de la
prépondérance de la viande dans la
hiérarchie du culinaire, laquelle ne date pas de la
« crise de la vache folle ». Toutefois l'importance
des facteurs socio-économiques dans la modification des
comportements d'achat et de consommation de viande est
soulignée à propos de la Belgique. Autre
éclairage, l'exposition de la fermentation à
l'Alimentarium de Vevey en 1998 a illustré l'ambivalence
ressentie par le public de ce procédé
appliqué aux produits carnés : s'il procure une
nourriture, d'autre part il putréfie la chair.
En dépit d'une d'une dévalorisation de la viande
dans le discours de nos sociétés, certaines viandes
trouvent grâce aux yeux du consommateur moderne en raison
de leur caractère « authentique », de leur
origine identifiable : ce qu'illustre tout
particulièrement la viande du taureau camarguais,
classée en AOC. Un autre produit authentique, la viande de
chasse dans les Landes, s'est maintenu par une tradition de
consommation articulée par des représentations
positives de la santé et de la nature.
C'est précisément la santé qui mobilise
nombre de pratiques et de savoirs populaires autour de la
consommation de viande et pas seulement dans nos
sociétés, comme à propos de la
« faim » de viande chez les Ntomba du Congo (ex
Zaïre), terme qui exprime les difficultés ressenties
à la période de soudure. De même les
décalages culturels créés en situation
d'immigration peuvent induire certaines carences alimentaires
liées à la sous-consommation de produits
carnés.
Quoi qu'il en soit, l'aliment carné se posera toujours
en référent naturel, en tant que principal
protagoniste alimentaire des premières étapes de
l'évolution biologique de notre espèce dans un
milieu aux ressources toujours plus dispersées. Car il est
l'aliment de haute qualité par excellence, dense en
énergie, riche en nutriments essentiels. En
témoignent les progrès de l'agriculture
orientés non seulement sur la productivité des
végétaux mais sur l'amélioration de leurs
qualités nutritionnelles et organoleptiques jusqu'à
les faire ressembler toujours plus à des produits
d'origine animale.
C'est ce que propose cet ouvrage qui se présente comme
une première contribution à une
éco-anthropologie de l'aliment carné où
seraient mis en relation les facteurs de milieu, les aspects
culturels et sociaux et les conséquences biologiques
liées à la consommation de viande. Tout au long de
ses pages, sont successivement abordés la
problématique de l'acquisition des viandes de chasse et
ses conséquences sur l'environnement, la description de
certaines pratiques de transformation et de consommation de
viande, l'analyse des représentations et des symboliques
qui y sont liées et certains aspects des
conséquences médico-diététiques qui
en découlent.
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